Entrée de l'exposition permanente. Photo: Nicole Tödtli, Mémorial du camp de concentration de Mittelbau-Dora

Exposition permanente

Un objectif essentiel de l'exposition est de montrer l'imbrication des rapports hétérogènes entre les camps et leur environnement social et ainsi, de contribuer à la réflexion critique sur le thème de la culpabilité et la responsabilité des complices et des spectateurs. En fait également partie la question des motivations qui poussèrent les responsables dans les konzern de construction et d'armement, mais également les petits artisans, à exploiter des prisonniers concentrationnaires comme travailleurs forcés. La responsabilité des techniciens, ingénieurs et managers qui firent monter des fusées V2 à Mittelwerk par des détenus des camps est également remise en question dans l'exposition. Celle-ci incite ainsi à discuter autour de l'éthique de la science et de la technique.

Salle d'introduction de l'exposition permanente. Photo: Claus Bach

Introduction

Le contexte plus strict de l'histoire de Mittelbau-Dora est la défaite allemande, qui se profilait déjà au plus tard depuis Stalingrad. C'est ici que commence l'exposition, sur le plan du contenu et de la conception. Dans la salle d'entrée, le visiteur est confronté aussi bien à des photos de Stalingrad détruite et au discours du ministre de la propagande Goebbels au Palais des Sports de Berlin (« Voulez-vous la guerre totale ? »), qu'aux reliquats retirés des galeries dans le Kohnstein: débris et ferraille de fusées, qui visualisent Dora en tant que champ de bataille de la guerre totale, et en même temps établit un pont entre l'année 1943 et l'époque actuelle. Au centre figure la question de savoir pourquoi l'Allemagne nazie n'a pas cessé la guerre en 1943, mais a manœuvré avec la guerre totale vers la défaite totale, aggravant ainsi dans un dernier sursaut la politique de répression et d'anéantissement.

Travail forcé concentrationnaire et transfert sous terre

Wagonnet de mine dans l'exposition permanente. Photo: Claus Bach

Au centre se trouve le travail forcé concentrationnaire, plaçant de ce fait ceux qui en souffraient et en moururent: les prisonniers. L'objet central exposé est un wagonnet de mine original retiré des galeries, démesuré, avec lequel les prisonniers devaient évacuer hors du souterrain des débris de roches résultant du creusement des galeries, fournissant un labeur pénible et harassant. Le wagonnet de mine fait figure d'exemple pour les deux thèmes principaux de Mittelbau-Dora : l'histoire du travail forcé concentrationnaire et la tentative de transferts sous terre au cours de la seconde moitié de la guerre.

Culpabilités et responsabilités

Vue de la salle d'exposition. Photo: Claus Bach
Vue de la salle d'exposition. Photo: Claus Bach

La question de la structure des mobiles des coupables, complices et spectateurs, est également posée. Avec la présentation différenciée des culpabilités et des complicités dans l'entourage des camps, dont les motifs sont un fouillis de structures sociales et idéologiques, le visiteur de l'exposition devrait en outre se sentir encouragé à remettre en question sa propre attitude politique, éthique et sociale dans la vie actuelle - sans index moralisateur. Ainsi est établi le lien avec l'actualité du travail des Mémoriaux, sans pour autant relativiser les crimes nazis par de fausses analogies et des comparaisons en fin de compte non historiques, comme, par exemple, avec le génocide du Rwanda ou les « épurations ethniques » de l'ancienne Yougoslavie. Et pour finir, il s'agit de répondre à la question que se posent de nombreux visiteurs du Mémorial, avant tout les plus jeunes, compte tenu de la fin proche des témoignages : « En quoi aujourd'hui, après plus de 60 ans, l'histoire des camps de concentration nous concerne-t-elle encore ? »

Conception

Vue de la salle d'exposition. Photo: Claus Bach
Vue de la salle d'exposition. Photo: Claus Bach

Au fil d'une longue vitrine centrale est racontée l'histoire de la structure de Mittelbau-Dora, grâce à des récits et de nombreux documents, photos et objets tridimensionnels. Ces derniers ont été retrouvés sur le terrain du camp ou dans les galeries, ou ont été mis à disposition par des prisonniers survivants et des témoins de l'époque des alentours des camps de Mittelbau. De nombreux documents et photos exposés ne sont disponibles que depuis les dernières années, à la suite des recherches intensives menées dans les archives allemandes et étrangères, entre autres à Moscou et Washington. Ils sont pour la première fois accessibles à un large public sous forme de reproduction dans l'exposition.

Vitrine latérale avec des biographies de détenus. Photo: Claus Bach
Vitrine latérale avec des biographies de détenus. Photo: Claus Bach

Les écheveaux narratifs déroulés au fil de la vitrine centrale sont complétés par de plus amples informations biographiques dans les grandes vitrines latérales le long des murs. Ici, les biographies détaillées de 19 prisonniers et de 13 coupables sont présentées en détail à l'aide de textes et d'objets. On a pour cela veillé à ce que les vies choisies répondent à des critères représentatifs. Les biographies des détenus, par exemple, reflètent le large éventail de persécution nazie ; quant aux biographies des coupables, elles présentent des groupes particuliers de bourreaux à travers des exemples individuels.

Priorités thématiques

Vitrine centrale avec une maquette topographique du Harz. Photo: Claus Bach

1. Du camp extérieur de Dora au camp de concentration de Mittelbau
La fondation du camp de concentration de Dora est racontée, avec le transfert des fusées de Peenemünde, l'aménagement du camp de concentration souterrain dans le Kohnstein à l'automne 1943 et l'essor du camp extérieur de Buchenwald « Dora », passant au statut de camp de concentration indépendant de Mittelbau au cours de l'année 1944. De plus, l'insertion du camp de Mittelbau dans le cosmos concentrationnaire nazi régional est thématisée. Sur une maquette topographique du Harz sont signalés les emplacements des camps du complexe concentrationnaire de Mittelbau. Ceux-ci s'étendaient sur toute la région en un réseau dense.

2. Les prisonniers
Les raisons variées pour lesquelles les prisonniers pouvaient être envoyés dans les camps de concentration sont évoquées, et de quels pays provenaient les occupants de Mittelbau-Dora. Les hiérarchies au sein de la société carcérale sont dépeintes, ainsi que le système des prisonniers de fonction qui en fait partie. La caractéristique déterminante de l'internement à Mittelbau-Dora était le travail forcé meurtrier. C'est pourquoi il figure aussi au centre de cette section de l'exposition. D'autres thèmes importants sont la résistance et l'affirmation de soi des détenus.

     

Vue de la salle d'exposition. Photo: Claus Bach

3. Coupables, complices et spectateurs
Les membres des SS des camps et les troupes de sentinelles, qui étaient en grande partie formées de soldats de la Luftwaffe, sont présentés. Grâce à des exemples biographiques, des managers, des techniciens et des ingénieurs sont également présentés, sans lesquels l'exploitation du camp de concentration de Mittelbau-Dora n'aurait pas été possible. De plus sont soulevées les questions concernant l'implication des camps de Mittelbau dans la structure économique régionale et le comportement des entreprises ayant bénéficié du travail des prisonniers.

4. L'effondrement et pas de fin en vue
Avec l'arrivée de 16 000 prisonniers, qui furent amenés dans le Harz par la SS au cours de l'hiver 1944-1945 depuis les camps de concentration évacués d'Auschwitz et de Groß-Rosen, débuta la phase de démantèlement du camp de concentration de Mittelbau. Dans cette section de l'exposition sont en outre présentées les marches de la mort à partir du camp évacué de Mittelbau en avril/mai 1945, la libération de quelques centaines de survivants de Dora et de la caserne Boelcke le 11 avril 1945, ainsi que l'histoire du camp de personnes déplacées « DP-Camp » de Dora. De plus sont présentés les procès contre seulement quelques coupables du camp de concentration de Mittelbau, qui sont en opposition avec les carrières d'après-guerre de nombreux autres coupables, avant tout des managers et ingénieurs, et avec les destinées des survivants du camp qui ont dû longtemps attendre en vain la reconnaissance sociale et un dédommagement matériel.

Zone d'approfondissement

Zone d'approfondissement dans l'exposition. Photo: Claus Bach

Pour les visiteurs qui désirent encore approfondir leurs connaissances sur l'histoire de Mittelbau-Dora, des terminaux se tiennent à disposition dans l'exposition. Ici est offerte la possibilité de consulter des interviews en différentes langues de témoins de l'époque, et de plus amples informations sur les 40 camps extérieurs du camp de concentration de Mittelbau. La banque de données correspondante est conçue de telle manière que de nouvelles connaissances ou nouveaux documents ou photos peuvent être rajoutés sans problèmes.